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J'aime l'idée. L'idée d'un texte épuré, allant simplement et doucement vers son objet. Une impression de pureté s'en dégage. Après, niveau bémol, il y a quelques aspects formels qui neutralisent parfois cette simplicité.
Il y a un jeu des altérations, des assonances, mais je pense que tu pourrais le perfectionner encore. En fait, ce que je vais dire, tu le sais déjà sans doute - mais un poème, c'est une sorte d’édifice. Par edifice, j'entends que tout communique, et que chaque élément doit être à la fois signifiant par lui-même et participer à la stabilité de l'ensemble. Un exemple qui rendra cette phrase un peu moins abstraite : la fameuse "délicieuse extrasystole". Ce mot a du résonner en toi, et pour cause : le jeu des sonorités, à haute voix, est plutôt plaisant.
Seulement voilà, ce tout : "Qui m'electrisa/Delicieuse extrasystole", communique en interne, mais ne s'accorde pas au reste (à mon avis). C'est une île de termes, en quelques sortes. C'est ce qui fait que la pensée ne le retiendra pas, ou alors comme une sorte d'intrusion dans le poème (c'est un exemple, il y en a d'autres). Il faudrait, pour bien faire (et ce n'est simple pour personne), que tout communique. Qu'une assonance trouvée là se retrouve ici, et là-bas encore.
Enfin, et paradoxalement, si il faut que tout communiques, il faut aussi que chaque vers soit indépendant. Un vers comme "que j'ai pu avoir" ne trouve son sens et sa valeur que dans ce qui suit ; il faudrait q'il ait un sens en lui-même (et, par "sens", je n'entends pas qu'il devrait avoir du sens, mais qu'il devrait représenter quelque chose, par un jeu sonore, une image, une fuite, etc...).
J'ai lu de toi des choses plus accomplies sur ces plans là. (Bon, j'ai noirci pas mal de lignes, c'était pour faire un commentaire le plus complet possible ; ce qui n'empêche pas que j'ai plutôt bien aimé ce texte).
"Ils m’appelaient l'Obscur et j'habitais l'éclat" - Saint-John Perse -
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