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Auteur Œuvre
 Titre de l'œuvre: Risquer sa vie et éduquer le lecteur
ŒuvrePublié: 30/05/11-08:59 
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Risquer sa vie et éduquer le lecteur

Le Printemps Arabe est en train de changer considérablement la face du monde. Plus que jamais, les sociétés ont besoin de tout le savoir-faire et de tout le professionnalisme des journalistes pour comprendre ce qu’il se passe outre-méditerranée. Le Printemps Arabe est complexe, rien ne garantit que des régimes réellement démocratiques naîtront de ces mouvements ; toujours est-il que le peuple arabe s’est levé, nous devons être là pour témoigner, expliquer, raconter.

Notre mission n’est pas sans risque. Elle impose d’aller sur les terrains les plus hostiles et les plus dangereux, tels la Libye où plusieurs de nos confrères ont déjà trouvé la mort. Certains sont décédés durant les combats, la majorité a froidement été assassinée par les forces du Colonel Kadhafi car ils couvraient les deux camps. Le sort d’une dizaine de journalistes en Libye demeure inconnu. Portés disparus. Ceci démontre que notre principal prédateur, ce n’est pas la guerre en soi. Ce sont les hommes qui, souvent, les dirigent et qui au besoin commanditent les meurtres.

Mouammar Kadhafi, Ramzan Kadirov, Mahmoud Ahmadinedjad, et Kim Jong Il sont des ennemis à la liberté de la presse, indéniablement. S’opposer à ces personnages comporte des risques, ceci est connu, néanmoins vaut-il la peine de les prendre ? Au nom d’un principe basique de démocratie : le droit d’informer et d’être informé, nous pourrions répondre par un OUI franc et fort. La réponse serait alors bien simple et occulterait un élément inquiétant dans nos démocraties. Un élément sur lequel il faudrait se pencher avec attention : s’assurer que le droit à l’information soit reconnu par tous.
Ceci ne semble pas être le cas.

Il suffit de lire les commentaires sur internet au sujet de journalistes morts dans l’exercice de leur métier ou pris en otage, tels Stéphane Taponier et Hervé Guesquière. Les internautes y caricaturent des journalistes « gauchistes partis faire du militantisme politique chez les Talibans » pour ne citer que la phrase la plus aberrante. L’absurde de tels propos donnent déjà une idée du crédit que nous pouvons leur accorder.

Sont-ils représentatifs ? Il faut noter que dans le même temps, les mouvements populistes assez enclins à réduire notre liberté de presse progressent. S’agit-il des mêmes personnes ? L’opinion qu’ils se font des médias convergent en de nombreux points.

Les faits sont là : De l’image du Grand Reporter, icône de notre métier, nous sommes passés à l’image de l’illuminé romantique, traitant de l’actualité sans aucune neutralité. Ainsi, de tels propos sont tenus sur nos confrères. Ils sont tout aussi assassins pour notre métier que les dictateurs de ce monde. Ils démontrent une fracture qui se creuse avec le public.

Pour ces lecteurs, le journalisme ne fait plus sens. C’est un danger pour la liberté de la presse car une presse sans lecteurs est une presse morte. Une liberté de la presse sans citoyens qui puissent en jouir ou en profiter, ne fait pas sens. Nos grands reporters sont de moins en moins lus, et les investisseurs sont de moins en moins nombreux à croire à cette forme de notre métier. En témoigne la crise du photojournalisme.

Notre métier est menacé sur tant le plan de l’émission (du fait des régimes autoritaires dans beaucoup de pays) que sur le plan de la réception (du fait de la défiance de certains membres de notre lectorat). Nous ne pouvons que saluer les confrères prenant des risques à l’encontre de Kadirov, Kadhafi, ou Ahmadinedjad. Seulement, leur sacrifice s’avère vain car les lecteurs – les personnes pour qui ils auront pris ces risques – ne les auront pas compris.

Le lecteur doit être éduqué à prendre en compte l’importance de la liberté d’informer, et que sans liberté d’informer, il n’est pas de réel droit de vote. Il ne s’agit pas de redorer le blason d’une profession vilipendée par la société, mais bel et bien de faire prendre conscience que notre activité agit pleinement dans l’espace public. Des enjeux démocratiques se jouent dans la compréhension de l’activité journalistique.
« Un homme non informé, est un sujet ; un homme informé est un citoyen ». Ne laissons pas un nombre important de lecteurs dans la défiance de notre profession, par cette attitude, ces lecteurs se privent d’une liberté de conscience. Ils se donnent en proie aux populismes dont la montée en puissance inquiète. En les laissant de côté, nous étoufferons notre métier à terme.

Cette éducation du lecteur, c’est à nous de la construire. Nous sommes les responsables de notre profession.
Nous nous retrouvons dans cette situation paradoxale où le journaliste exerce son métier sans que la plupart de ses lecteurs ne comprennent la nécessité de son travail, au point de le dénigrer. La liberté de la presse n’est totale que si elle est exercée à la fois par le journaliste et par le lecteur. Si ces éléments ne sont pas réunis, sacrifier sa vie pour l’information ressemble fort à une initiative lacunaire car elle demeure incomprise.


Existe est un fait, vivre est un art
http://chroniquedicietla.wordpress.com/reportages/



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